Texte par Tracey Lindeman

Pour Julie Rawson et Jack Kittredge de la ferme biologique Many Hands, la nourriture est de nature politique. Comment pourrait-elle ne pas l'être ? L'agriculture biologique et à petite échelle est avant tout un choix politique. L'exploitation d'un système d'agriculture soutenue par la communauté (ASC), qui s'adresse directement aux consommateurs, renverse le capitalisme des intermédiaires. Fournir des aliments de haute qualité et abordables à votre communauté est un geste démocratique qui soutient les droits de l'Homme. En tenant une ferme à taille humaine, vous faites un pied de nez à l'obsession de la société pour la productivité à outrance.

« Ça m'est revenu, ce flot de pensées de "Wow, je dois élever mes enfants sur une ferme”. J'ai un héritage agricole très fort, et ça me parlait vraiment - ça me criait plutôt - que c'était comme ça que je devais poursuivre le reste de ma vie. »

Pour de nombreux jardiniers et agriculteurs, cueillir des tomates cerises sur la vigne, déterrer des bébé carottes et trier des produits dans des bacs n'a rien d'un acte politique ; cela fait simplement partie de leur travail quotidien. Mais pour Julie et Jack, après plus de 40 ans en agriculture, cela a toujours fait partie de quelque chose de bien plus grand.
 J'ai rencontré Julie et Jack sur Zoom - pas tellement d'autres choix, ces temps-ci, un jour de décembre où ils commençaient tout juste à se préparer pour la saison hivernale. Depuis 1982, le couple vit et cultive sur la ferme Many Hands dans le centre du Massachusetts, à un peu plus de 100 kilomètres à l'ouest de Boston. Leur distribution de paniers bio s'est terminée à la fin de novembre, et ce fut leur meilleure saison jusqu'à présent : ils ont doublé leur nombre de membres, qui est passé à 150. Ce sont peut-être les inquiétudes en matière de sécurité alimentaire reliées à la COVID qui ont poussé les gens à s'abonner pour obtenir des fruits, des légumes et de la viande de la ferme. Quelle qu'en soit la raison, la ferme a été plus qu'heureuse de les contenter.


« Cette année, lorsque nous avons terminé notre distribution d'automne, notre caveau à légumes, une pièce que nous avons construite au sous-sol de la maison, débordait de légumes racines. Nous y avions également amené de la verdurette parce qu'il allait y avoir du gel cette semaine-là et qu'il ferait trop froid. Nous avons donc eu une dernière récolte à glaner », me dit Julie. « Je suis de plus en plus emballée par la nourriture, tout le temps ».
 Ayant grandi dans le nord-ouest de l'Illinois, Julie sentait qu'elle était née pour nourrir sa communauté. Son père était un vétérinaire et un éleveur de porcs qui aimait suivre les tendances agricoles ; pendant un certain temps, il les suivit même jusqu'au style d'élevage industrialisé d'animaux dans des espaces confinés, pensant qu'il s'agissait d'un mode d'élevage plus « progressiste ». Sa mère, en revanche, était plus réceptive à l'agriculture biologique et aux avantages qu'elle présentait pour la santé humaine. Elle s'est même rendue à une conférence sur le sujet en Louisiane en 1970. « C'est elle qui m'a véritablement fait prendre cette voie », déclare Julie.


À l'époque, l'essor du mouvement de l'agriculture biologique fut marqué par un premier rejet des aliments prêts-à-manger, comme le Velveeta orange fluo et les mélanges à gâteaux en boîte, et par une condamnation de l'utilisation de pesticides par les grandes entreprises agricoles, y compris le plus important d'entre eux, le DDT. Cet insecticide a finalement été interdit aux États-Unis en 1972, après des années d'effort, en raison de ses liens prouvés avec les cancers chez l'humain et l'infertilité.


En 2021, le combat n'est pas très différent, même si les adversaires ont changé au fil du temps. L'agriculture biologique à échelle humaine reste un choix politique qui implique de renoncer au statu quo et de refuser l'hypocrisie de l'agriculture biologique industrielle.

En tant que jeune adulte, Julie a trouvé sa voie dans le communautaire et l'activisme. Jack a conçu des jeux de société en tant que fondateur de la start-up Future Pastimes, qui a produit les populaires jeux de science-fiction Cosmic Encounter et Dune. Le duo s'est rencontré au centre-ville de Boston au milieu des années 1970 ; Jack était le colocataire d'un collègue de travail de Julie. Elle le trouva un matin assis à la table de la cuisine, en train de manger une orange comme un pamplemousse - coupée en deux, avec une cuillère. En 1977, ils ont leur premier enfant et vivent à Boston, où Julie continue à cultiver des aliments dans un jardin de leur cour arrière. Julie s'occupe avec soin de son potager, produisant de la nourriture pendant des années, mais elle sait qu'elle a besoin de plus pour sa famille.

 

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*Adapté pour en ligne, vous pouvez lire l'article au complet dans le deuxième numéro du Magazine Growers & Co.
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