Texte par Jessica Alcide

En juillet, mon partenaire et moi avons entrepris un voyage en VR de Seattle à la Basse-Californie. Nous avions réalisé que nous pouvions continuer à respecter les mesures de sécurité en lien avec la COVID tout en voyageant - et après trois mois d'enfermement strict dans mon petit appartement de Montréal, nous avions définitivement besoin de sortir. J'avais entendu parler de la beauté du Nord-Ouest Pacifique et j'étais enthousiasmée par le voyage. Le plan était simple : surfer, travailler et rencontrer des agents du changement.

« La fumée s'est finalement dissipée sur la route vers Los Angeles. Nous avons été accueillis par la vue singulière de fermes industrielles qui s'étalaient à perte de vue. »

Il nous a fallu deux mois et demi de conduite sur la Route 101 pour atteindre le Mexique. Nous avons vu des paysages exceptionnels... et une dévastation environnementale inimaginable. En dehors des limites des parcs nationaux de Washington, des kilomètres de montagnes ont été dépouillés de leurs forêts, avec des souches d'arbres laissées en témoignage. Des barrages obsolètes, qui continuent de restreindre le débit des rivières et donc le mouvement des sédiments, des nutriments et des espèces aquatiques comme le Saumon Pacifique sauvage, parsèment les paysages de Washington et de l'Oregon. Lorsque nous sommes arrivés en Californie, nous avons été accueillis par les pires feux de forêt de l'histoire. La rougeur du ciel, combinée à la fumée et aux cendres tourbillonnant, nous donnait réellement l'impression de traverser l'enfer. Plus de quatre millions d'acres de forêt ont brûlé. L'année 2020 a connu la plus grande saison de feux de forêt de l'histoire.


À elle seule, la Californie produit plus de 90 % de la production américaine de fraises, amandes, avocats, choux-fleurs, citrons, laitues, brocolis, figues, prunes, raisins, noix, céleris et artichauts biologiques. Elle est également dominée par les pesticides, les engrais et les monocultures. Bien que de nombreuses petites organisations prennent des initiatives pour protéger l'environnement, il est difficile de ne pas se sentir déprimé par le fait que l'on semble avoir complètement perdu notre respect et notre lien avec la nature. C'est donc avec toutes ces préoccupations en tête que j'ai voulu terminer notre voyage aux États-Unis sur une note positive. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés à la ferme holistique biologique Jared's Real Food. 


Jared est un homme incroyablement cool, décontracté et sympathique. Le genre de type dont tout le visage s'illumine lorsqu'il parle. C'est cette attitude qui l'a guidé vers l'agriculture il y a environ dix ans, alors qu'il ne s'y connaissait que très peu. Il avait un diplôme universitaire en finance, un emploi de bureau classique de 9h à 17h et travaillait parfois à l'hôpital en tant que commis de pharmacie. Ce n'est que lorsqu'un cancer fut diagnostiqué chez son grand-père que Jared commença à chercher des réponses : pourquoi les gens ont-ils le cancer ? Pourquoi les taux de cancer ne cessent-ils d'augmenter ? Tout ce qu'il apprit le poussa vers la santé et la nutrition naturelles. Pour mieux les comprendre, il s'inscrivit à un programme d'un an en santé holistique et obtint une certification de conseiller en santé personnelle. Pendant ce temps, il commença à cultiver des fruits et légumes afin d'offrir à son grand-père une source saine d'aliments nutritifs. 


« Lorsque j'ai commencé à jardiner, je vivais encore chez mes parents. Il y avait quelque chose de tellement étonnant à regarder une graine devenir plante, sortir du sol et se transformer en quelque chose dont nous nous nourrissons, qui est fondamental à la société humaine. J'en suis simplement tombé amoureux », racontait Jared.

Son projet agricole commença comme un projet de fin de semaine, étant donné que Jared travaillait encore à temps plein. Petit à petit, il commença à prendre des congés, pour finalement passer à un temps partiel avant d'abandonner complètement la finance. Il garda son emploi à l'hôpital, mais finit par avoir le sentiment de faire partie d'un système médical corrompu où les affaires et le profit étaient plus importants que de guérir les patients. Il finit par quitter cet emploi aussi, pour se consacrer entièrement à l'agriculture.

 

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*Adapté pour en ligne, vous pouvez lire l'article au complet dans le deuxième numéro du Magazine Growers & Co.
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