Texte par Stephanie Mercier Voyer

Photos par Suech and Beck & Lorne Bridgman

Si l’on croit à l’adage qui dit que nous sommes ce que nous mangeons, Deirdre Fraser, maraîchère-cueilleuse de la ferme du restaurant Pearl Morissette, nous suggère de profiter de la vie en embrassant notre côté bizarre, une bouchée à la fois.


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Il n’y a pas si longtemps, Deirdre Fraser faisait la navette à vélo, d’un resto à l’autre, dans les quartiers de l’ouest de Toronto. Après sa cueillette d’aliments sauvages du matin, elle ficelait méticuleusement sa précieuse récolte sur sa remorque de vélo et partait à la rencontre de différents chefs pour vendre ses trouvailles. « Les chefs étaient prêts à acheter tout ce qu’ils ne connaissaient pas», raconte-t-elle depuis son bureau, planté à l’intérieur d’une serre. « Il y avait un engouement énorme pour tout ce qui était hors du commun».


Ces temps-ci, le quotidien de Deirdre est un peu plus terre à terre. Pas de déplacements journaliers vers ses multiples zones de cueillette secrètes. Pas de kilomètres de randonnée pour dénicher le précieux buisson de chanterelles. Depuis les trois dernières années, elle travaille au Restaurant Pearl Morissette, le restaurant rattaché au producteur vinicole du même nom et encensé par la critique où la description de ses tâches vient brouiller les pistes entre maraîchère, chercheuse, botaniste et fleuriste. C’est pourquoi la trentenaire a décidé d’ajouter le terme «sorcière-maraîchère» sur sa carte de visite - une dénomination qu’elle trouve bien adaptée aux diverses facettes de son travail et à l’ampleur de sa fascination pour le monde des végétaux.

« Ma philosophie
a toujours consisté à amener les gens à voir les choses différemment, à prendre conscience de ce qui nous entoure. »

Le plus étonnant chez Deirdre, au-delà de son titre saugrenu, c’est le calme profond qui semble l’habiter. Juste le fait de l’entendre parler, même à travers un écran d’ordinateur, agit comme une méditation sur les flots de l’étrange et de l’insolite.


«Personne ne prend vraiment la peine d’apprécier ce qui se trouve sous ses pieds». Elle souhaite que les gens ralentissent leur rythme de vie et s’ouvrent à la multitude de possibilités qu’offrent les plantes comestibles étranges et souvent négligées qui poussent sur notre sol. Au même titre que la méditation, sa vision de la nutrition démontre que la satisfaction peut venir de l’intérieur - de son environnement même. À mesure que je l’écoute parler, je remarque derrière elle le rayon de soleil franchissant les murs translucides de la serre. Je commence à sentir la tension des malaises accumulés depuis une année fondre tout à coup et s’estomper.

Deirdre, qui est née et a grandi à Niagara, a toujours eu un don pour la nature. «Mes parents ont toujours eu un potager et depuis un très jeune âge, j’ai appris qu’il était possible de manger des choses bizarres», dit-elle. Son habileté à identifier les végétaux était utile lors des expéditions de camping, mais c’est seulement dans la vingtaine, lorsqu’elle a commencé à s’intéresser à la cuisine, qu’elle réalise qu’elle pourrait en faire son gagne-pain grâce à la vente aux restaurateurs du fruit de ses cueillettes.

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*Adapté pour en ligne, vous pouvez lire l'article au complet dans le deuxième numéro du Magazine Growers & Co.