Texte de Stéphanie Mercier Voyer

Photos par Juliana Ramirez

Rencontrez la cheffe et activiste de Brooklyn qui travaille à éduquer la population sur comment bâtir et soutenir une communauté et sur ce qu'il faut faire pour nourrir la planète. Sophia Roe ne s'arrête jamais. Lorsqu'elle n'est pas en train de tester des recettes dans son appartement ou de prendre trois trains pour faire le plein de produits frais au Carroll Gardens Greenmarket, la cheffe et influenceuse bien-être de 31 ans divise son temps entre la production de sa série « Counter Space » sur VICE, l'écriture de deux livres, des collaborations de conception avec la marque hôtelière Tilit, les campagnes pour un marché de producteurs dans le quartier de Bed-Stuy et l'alimentation de percutantes conversations controversées sur la justice alimentaire et raciale sur Instagram.

« JE TRAVAILLE D'ARRACHE-PIED POUR AVOIR TOUT ACCOMPLI D'ICI L'ÂGE DE 35 ANS. JE VEUX ENSUITE ME LANCER DANS L'AGRICULTURE PARCE QUE NOURRIR LA PLANÈTE, C'EST CE QUI EST VRAIMENT IMPORTANT. »

Après avoir perfectionné ses compétences au restaurant étoilé Michelin Eleven Madison Park, Sophia a continué à travailler comme cheffe privée pour des familles à travers la ville de New York. Au cours des dernières années, son impressionnant parcours professionnel, combiné à son énergie bouillonnante et à son approche pragmatique de la cuisine, l'ont amenée à faire la couverture du magazine Cherry Bombe et à se retrouver dans les pages de W, Harper's Bazaar et Vogue. Avec la récente vague de protestations contre la brutalité policière et le racisme systémique, Sophia Roe est devenu un nom connu et répandu dans les discussions sur la justice alimentaire et le racisme dans cette industrie. Mais il ne faut pas se méprendre : l'atteinte d'un certain statut est loin d'être le but ultime de Sophia. « Beaucoup de jeunes souhaitent devenir des personnalités influentes », dit-elle.


Peut-être ne l'aviez-vous pas remarqué, mais Sophia Roe n'est pas une influenceuse bien-être ordinaire. Elle est bien loin de la femme blanche vêtue de Lululemon, buvant régulièrement des smoothies, qui ne jure que par le « Moon Dust » et par certaines routines beauté, que nous avons tendance à imaginer lorsque nous pensons au terme « bien-être ». Sophia est une femme noire, vulnérable, honnête et tatouée ayant grandi dans une famille d'accueil et pour qui le bien-être ne signifie pas nécessairement s'engager dans une pratique quotidienne de yoga ou faire une cure de jus détox. « L'accès à la nourriture, à l'eau, à l'air, à la lumière du soleil et au mouvement, c'est ça le bien-être », confie-t-elle. D'une certaine manière, sa vision représente la réponse moderne au monde hyper-élitiste de Goop, l'empire style de vie fondé par l'actrice Gwyneth Paltrow en 2008.


Bien que l'idée de prendre soin de soi n'a rarement semblé aussi importante que de nos jours, alors que nous nous trouvons simultanément au coeur d'une crise sanitaire mondiale, de règlements de comptes raciaux et de la pire récession de notre existence, l'activiste nous avertit que l'obsession de soi est l'un des plus grands pièges de l'industrie. « Le bien-être est une question de connexion avec les autres », explique-t-elle. 

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*Adapté pour en ligne, vous pouvez lire l'article au complet dans le deuxième numéro du Magazine Growers & Co.